Henri Ploquin (1924-2009) : De la terre à la brique.  De la brique aux P.T.T.
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  Table des matières

  1. Les mémoires de ma jeunesse


  2. Les premiers souvenirs de mon enfance


  3. Un autre souvenir de jeunesse


  4. Une aventure à l'âge de huit ans


  5. Un copain d'école


  6. Ma sortie d'école


  7. Mes premières fréquentations avec Simone


  8. Après notre mariage


  9. Ma nouvelle usine


  10. Ma première rencontre avec les P.T.T.


  11. Trois semaines à la Possonnière


  12. Un souvenir de facteur


  13. Histoire ou aventure dans un bureau de poste


  14. Montjean-sur-Loire


  15. Montfaucon-sur-Moine


  16. Rue de la Petite Planque, à Candé


  17. Un lièvre tombé en bonnes mains


  18. Mon départ à la retraite

  19.  
  20. Mot de la fin

  21.  
  22. Dessins originaux accompagnant mon récit

  23.  

Chapitre 7
Mes premières fréquentations avec Simone


J'étais donc chez mes parents, mais je travaillais dans un château, tout près de leur ferme.  Je rentrais tous les soirs coucher et le lendemain je repartais comme ouvrier à toutes mains.  La basse-cour, le jardin, le bois, l'entretien du parc, la feuille à ramasser, tout ce qu'il y avait à faire.  C'est là que j'ai connu ma future femme.

Elle travaillait comme femme de chambre, servait à table et aidait la cuisinière dans le château.  C'était la guerre, ses patrons étaient à Angers et toute leur rue avait été bombardée, ils étaient venus se réfugier dans ce château de famille qui n'a pas été touché.

Nous avions fait des abris dans le parc, dans une carrière à sable rouge; nous avions abattu des arbres pour protéger la carrière et nous l'avions aménagée en couchettes.  Moi-même, j'ai dormi deux nuits dans cette carrière, couché dans le foin, tenant compagnie au comte et à la comtesse, qui récitaient sans arrêt leur chapelet quand l'on entendait les avions qui nous passaient sur la tête, car nous craignions le bombardement du château.

C'est alors que je travaillais à ramasser les feuilles dans les grandes allées du parc du château pour faire du terreau pour le jardinier, j'étais bien ami avec une demoiselle qui s'appelait Thérèse, en service au château.  Elle venait me voir travailler et bavarder dans les allées, et un certain jour, elle me dit : « Tu sais, Henri, il y a une demoiselle au service de Monsieur et Madame qui est bien gentille; elle te conviendrait bien.  Je vais te la présenter cet après-midi vers quatre heures. »

Ce qui fut dit fut fait.  L'après-midi, à l'heure convenue, elles sont venues toutes les deux, et je crois bien que c'était le jour de mardi-gras.  Elles m'avaient apporté deux crêpes que j'avais trouvées très bonnes.  Je les ai remerciées en les embrassant toutes les deux.  Cela a été ma première rencontre avec Simone et depuis je suis toujours sorti avec elle.  Elle suivait ses patrons qui étaient à Angers; ils venaient souvent au château de famille, près de chez mes parents, et c'est de là qu'ils ont appris que je fréquentais Simone, une bonne de château.  Cela ne plut pas du tout à mes parents, surtout à ma mère, car elle me disait : « Tu prends une demoiselle de ville; elles ne savent rien faire.  Elle te dépensera tous tes sous. »  Moi qui n'en avais pas, cela ne me gênait guère.  Il aurait fallu que je prenne une fille de ferme.  Mais je n'ai pas cédé car j'aimais beaucoup Simone.

Tous les dimanches, il fallait aller à la grand-messe, qui ne finissait qu'à douze heures.  Je rentrais vite le midi, je mangeais ce qui se trouvait, et sans rien dire à mes parents, je prenais mon vélo et partais de Candé vers Angers, à la rencontre de celle que j'aimais et qui est devenue ma femme.

Ma mère a fait tout son possible pour que l'on ne se marie pas tous les deux.  Mais un jour, un vieux ménage, employé à la basse-cour du château a été obligé de laisser son travail pour une question de santé.  J'ai demandé au patron du château de le remplacer et j'ai été accepté, car les patrons aimaient beaucoup Simone.  C'est alors que j'ai annoncé à ma mère que j'allais me marier avec Simone.  Comme j'avais pris la suite de la basse-cour, je lui dis que si elle n'était pas contente, je n'avais pas besoin d'elle pour me marier.  Elle me demanda alors « Quand voulez-vous vous marier? »  On était au mois de mars 46, je lui répondis : « En juillet ou bien août. »  « Eh bien non, me dit-elle, ce sera le plus vite possible. »

Je n'ai jamais eu d'argent avant mon mariage.  Tout ce que je gagnais, mes parents le recevaient.  Mais ce sont eux qui ont payé notre noce.  C'était encore les restrictions dues à la guerre.  On ne trouvait guère de sucre ni de café; de tout, pas grand chose, mais j'étais content de ne plus aller de ferme en ferme et de ne plus dépendre de mes parents, car je n'ai pas beaucoup eu de vie de famille.

J'ai été élevé très durement, surtout par ma mère qui avait elle-même connu la misère.  Elle était la première des filles d'une famille de douze enfants; elle avait dix-huit ans quand la guerre de 1914-18 fut déclarée.  Elle a beaucoup travaillé pour venir en aide à cette famille de six garçons et six filles.

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