Henri Ploquin (1924-2009) : De la terre à la brique.  De la brique aux P.T.T.
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  Table des matières

  1. Les mémoires de ma jeunesse


  2. Les premiers souvenirs de mon enfance


  3. Un autre souvenir de jeunesse


  4. Une aventure à l'âge de huit ans


  5. Un copain d'école


  6. Ma sortie d'école


  7. Mes premières fréquentations avec Simone


  8. Après notre mariage


  9. Ma nouvelle usine


  10. Ma première rencontre avec les P.T.T.


  11. Trois semaines à la Possonnière


  12. Un souvenir de facteur


  13. Histoire ou aventure dans un bureau de poste


  14. Montjean-sur-Loire


  15. Montfaucon-sur-Moine


  16. Rue de la Petite Planque, à Candé


  17. Un lièvre tombé en bonnes mains


  18. Mon départ à la retraite

  19.  
  20. Mot de la fin

  21.  
  22. Dessins originaux accompagnant mon récit

  23.  

Chapitre 8
Après notre mariage


Nous étions donc à tenir la basse-cour du château.  Nous étions très heureux.  Certes, nous n'étions pas payés très cher, mais nous avions beaucoup d'avantages : pas de loyer à payer, nous étions presque nourris sur la basse-cour, les oeufs, le beurre, le lait, un cochon par an, des poulets de temps en temps, du cidre à volonté.  J'avais cinq vaches et une jument poulinière, j'élevais deux cochons par an, un pour le château et l'autre pour nous.  Je travaillais l'hiver à faire du bois, le scier, le casser, le monter dans le château.  L'hiver, je ramassais la feuille, je faisais la taille, les allées, l'entretien du parc et au printemps, j'aidais le jardinier, ce qui m'a donné de très bonnes idées pour les tailles à venir.

Tout allait bien.  Nous avons eu un premier garçon le 24 avril 1947(1) et un deuxième le 28 août 1948 (2).  Un troisième est arrivé le 16 septembre 1949 (3).

C'est alors qu'il m'est arrivé un assez grave accident de travail.  Occupé sur un tracteur, j'ai eu la cheville droite transpercée, ce qui n'a pas arrangé nos affaires.  J'ai donc été 17 jours en clinique.  Je suis ensuite resté plus d'un an sans travailler à la suite de l'accident.  Presque tous les jours, un ouvrier me remplaçait, car mon pied était resté mort; tous les tendons ont été coupés à la cheville, et la malchance aidant, deux ans après mon premier accident, un jour qu'il tombait de l'eau à torrents, je démolissais un vieux buffet de cuisine du château, j'étais en bottes de caoutchouc sous un grand hangar.  J'ai posé le pied malade sur une planche et une pointe rouillée m'a transpercé ce pied déjà malade.  Je n'ai d'abord rien ressenti, puis après une heure ou deux je ne trouvais plus ma jambe.  Le docteur est venu tout de suite, mais le trou ne s'est pas refermé rapidement et suppurait toujours.  Je marchais difficilement et il me fallait souvent un journalier pour m'aider.  Je ne pouvais faire tout le travail seul.  C'est alors que le propriétaire du château où je travaillais m'a licencié, après y avoir besogné pendant six années.

Ma femme était prête d'accoucher.  Entre temps, le père de est décédé subitement.  Mes patrons nous ont trouvé provisoirement maison; il n'y avait qu'une toute petite cuisine et une grande chambre.

Nous venions d'avoir notre quatrième enfant (4).  C'est à ce moment que nous avons accueilli la mère de ma femme qui travaillait dans une maison bourgeoise, comme cuisinière et femme de chambre.  Elle nous rendait de grands services.  Quatre enfants en bas âge, j'avais tous les avantages.

J'ai enfin trouvé du travail peu de temps après.  Je me suis embauché dans une briquetterie et je fis construire ma maison par les Castors angevins, ce qui ne m'a pas coûté trop cher.

J'ai été embauché comme manoeuvre dans la briquetterie.  Je marchais difficilement, mon pied coulait toujours et j'avais tous les jours un pansement sous le pied.

J'avais tous mes permis de conduire.  J'ai vite été mis sur tous les engins, manitout, tracteur, pelleteuse, camion, etc...  J'ai travaillé ainsi pendant quatre années dans cette briquetterie.  Puis, un jour fatigué, il m'est venu une glande à l'aine; j'ai été obligé d'arrêter mon travail.  Je ne pouvais plus marcher; je suis resté trois mois en arrêt de travail.

Un beau matin, je reçois une lettre de la Sécurité Sociale m'invitant à passer une visite à un médecin conseil des assurances, à la clinique Saint Joseph d'Angers.  C'était le Docteur Georges.   Il me regarda le pied et me demande ce que les autres docteurs en pensaient.  Certains docteurs parlaient de me couper le bout du pied, mais le Docteur Georges dit : « Avant de couper le pied, je tenterais une opération. »  Je lui ai répondu : « Si vous vous croyez capable de le faire, eh bien je suis à vous, faites-le. »

Huit jours plus tard, je rentrais à la clinique où j'ai été opéré.  Il m'a fait une plastique et a bien empêché mon pied de couler pendant vingt-sept ans.

Au bout d'un bon moment, après un long repos, je suis retourné à ma briquetterie où je travaillais toujours comme conducteur d'engins et camions.

Un jour, je me suis contrarié avec mon contremaître; je voulais gagner autant que les chauffeurs de camions; j'avais cinq centimes de moins de l'heure.  J'avais 165 F de l'heure et les autres chauffeurs 170 F.  Depuis plusieurs mois, je disais au contremaître, le lendemain de la paye, que si le mois prochain, je n'avais pas le même prix que les autres, je partirais.  J'avais pourtant déjà 15 centimes de plus que les manoeuvres à cette époque.

Comme je venais de faire construire ma maison et que j'avais cinq enfants, le contremaître pensait : « Jamais cet ouvrier-là ne partira de chez nous. »

Quelques jours plus tard, la paye arrive.  C'était le midi, je fais comme tous les ouvriers, rien de plus pressé que de regarder combien j'avais et toujours cinq centimes de moins.  Je rentre manger le midi et dit à ma femme : « Je ne retourne pas travailler à la briquetterie cet après-midi, je vais chercher du travail ailleurs. »  J'étais fâché.  Je suis parti dans une autre usine, à quinze kilomètres environ de chez moi.  Le nouveau patron m'a demandé pourquoi j'avais quitté ma première usine.  Je lui ai répondu que c'était uniquement une question de paye.  Je ne voyais pas pourquoi je n'avais pas le prix des autres chauffeurs.  Il a voulu savoir combien je percevais de l'heure et il m'a offert 25 centimes de plus que chez mes autres patrons.  J'étais embauché pour 190 F de l'heure.

Il y avait peut-être deux heures que j'étais parti chercher du travail dans ma deuxième usine que quelqu'un de la briquetterie est venu me chercher; ma femme lui a dit que j'étais parti chercher du travail ailleurs et m'a demandé de revenir.  Il n'était plus temps.  Il m'aurait bien donné 30 centimes de plus, mais c'était fini.

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(1) Henri
(2) Bernard
(3) Armel
(4) Annick - Un cinquième et dernier enfant naîtra en 1958 : Christophe

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