Henri Ploquin (1924-2009) : De la terre à la brique.  De la brique aux P.T.T.
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  Table des matières

  1. Les mémoires de ma jeunesse


  2. Les premiers souvenirs de mon enfance


  3. Un autre souvenir de jeunesse


  4. Une aventure à l'âge de huit ans


  5. Un copain d'école


  6. Ma sortie d'école


  7. Mes premières fréquentations avec Simone


  8. Après notre mariage


  9. Ma nouvelle usine


  10. Ma première rencontre avec les P.T.T.


  11. Trois semaines à la Possonnière


  12. Un souvenir de facteur


  13. Histoire ou aventure dans un bureau de poste


  14. Montjean-sur-Loire


  15. Montfaucon-sur-Moine


  16. Rue de la Petite Planque, à Candé


  17. Un lièvre tombé en bonnes mains


  18. Mon départ à la retraite

  19.  
  20. Mot de la fin

  21.  
  22. Dessins originaux accompagnant mon récit

  23.  

Chapitre 10
Ma première rencontre avec les P.T.T.


Me voici donc sans travail une nouvelle fois.  J'avais envie de retourner voir mon ancienne briquetterie.

Le lendemain soir, alors que j'étais en ville, et que je ne savais quoi faire, c'était en mai 57, je rencontre un copain puis un autre, et nous voici quatre.  C'était le soir vers six heures.  Je rentre au café et nous voilà à faire une belote.  Je joue avec M. le Receveur des P.T.T. de Candé.  Après avoir fait 3 ou 4 parties, bu un verre de vin, les deux autres camarades nous ont quittés et le Receveur est resté avec moi à discuter.  Il m'a demandé ce que je faisais comme travail, moi qui venais d'être débauché d'une usine.  Je lui ai répondu que j'étais chômeur depuis un jour.  Il me regarda et me dit avec son accent de l'Allier, car il était de Moulins : « Tu me ferais bien un remplaçant de facteur, nous en cherchons depuis une bonne quinzaine de jours et nous n'en trouvons pas »

Je lui ai répondu que je n'en avais pas beaucoup, que je me défendais bien en calcul, mais que je n'étais pas bon en orthographe, que je faisais beaucoup de fautes.

: « Eh bien, me dit-il, je t'embauche pour huit jours, et si cela va bien, on verra plus tard; viens lundi matin, à 7 heures. »

Quand je suis rentré à la maison, je dis à ma femme : « J'ai trouvé du travail; tu ne devinerais jamais où.  Facteur remplaçant. »

Elle n'en revenait pas.  Le lundi matin, très heureux de partir travailler, je pris mon vieux vélo.  Je ne savais pas ce qu'était un mandat, un contre remboursement, une lettre recommandée.  Je l'ai vite appris.

Je suis donc parti avec un ancien facteur, en retraite depuis plusieurs années, qui m'a appris le métier; après avoir trié et classé le courrier, nous voici partis en tournée.

Après avoir fait un quartier de ville de Candé, nous voici en campagne, à Freigné, mon pays natal.  Je connaissais pas mal de fermes et beaucoup de maisons.  Le facteur qui me montrait, me disait en pédalant : « Tu sais, Henri, il m'appelait par mon prénom, c'est un bon métier celui de facteur, on est notre patron quand on est parti en tournée; il suffit de bien faire son travail, d'être aimable avec les clients, de leur rendre beaucoup de services quand on peut, et tu verras, on est plus heureux qu'en usine. »

Il avait raison.  On a les inconvénients du vélo; le premier jour, j'ai crevé.  Il me fallait un bon vélo, ce que je n'ai pas tardé à avoir.  Le lendemain, le facteur que je remplaçais est venu me classer mon courrier et m'a dit : « Maintenant, vas-y, roule. »  J'ai bien roulé, j'étais rentré.

Il y avait cinq facteurs à Candé plus deux à Freigné.  Quand ma semaine a été faite, un autre facteur a dit à M. le Receveur  »Il a bien remplacé sur Freigné, il me remplacera bien sur Angrie et ensuite sur Vritz. »

Je changeais tous les huit jours de tournée.  J'avais juste le temps d'apprendre la tournée que je changeais.  Quand j'eus fini à Candé et aux alentours, le Receveur téléphonait d'un bureau à un autre et j'ai presque toujours eu du travail.

Candé, Freigné, Angrie, Vritz, Challain la Poterie, Chazé sur Argos, Segré, Marans, La Chapelle sur Oudon, Vern d'Anjou, le Lion d'Angers, Montreuil sur Maine, Gené, Saint Clément de la Place, Le Louroux Béconnais, Bécon les Granits, Villemoisan.

Ensuite, j'ai fait les bords de Loire : Ingrandes, le Fresne sur Loire, Champtocé, Montjean, La Possonière, Avrillé, Saint Laurent des Autels.  Je suis resté quatre mois à Montfaucon sur Moine où j'ai remplacé les quatre facteurs, un mois chacun : La Renaudière, Saint Crespin sur Moine, Montigné.

Après avoir fait les remplacements à vélo, un an environ, les premières voitures 2CV des P. T. T. sont arrivées pour faire les campagnes.  C'est ainsi qu'on m'a envoyé accomplir un stage auto de huit jours, à Nantes, 42, rue Appert.  J'ai passé le permis administratif et l'entretien.  J'ai été reçu.  Ensuite, je faisais les remplacements un peu partout dans la région, j'avais tous mes permis de conduire, mais il n'y avait pas partout de voitures et je faisais aussi bien à vélo qu'à mobylette.

Cela fait quand même 25 années que j'ai conduit les voitures des P.T.T.  J'en changeais souvent.  Un jour une 2CV, le lendemain une 4L, trois jours plus tard un vélo, huit jours après une mobylette.

Il ne m'est arrivé qu'un tout petit accident matériel.  Je faisais la tournée sur Angrie; c'était le jour où passait le Tour de France cycliste, de Candé à Angers par Angrie et Vern.  J'avais bien dix à douze kilomètres à faire de chaque côté de la route.  Je me dépêchais plus que d'habitude pour pouvoir être libéré des voitures publicitaires.  La course devait passer aux environs de quatorze heures trente et il était douze heures trente.  Je sortais plus vite que la normale d'un chemin de ferme, sur une petite route qui conduisait sur la grande où le tour passait.  Un véhicule arrivant sur ma droite est venu m'arracher le phare de droite, le pare-choc et le nez du capot de ma 2CV ce qui ne m'a pas avancé pour finir ma tournée.  La 2CV tournait quand même.  Après avoir redressé les tôles, frottant sur le ventilateur, j'ai pu rentrer à Candé, mais la course cycliste était passée.  Bien entendu, constat et tout le reste.  Enfin, ce n'était pas grave.

Des années ont passé depuis tous ces souvenirs lointains.  Un jour que je faisais le facteur chez un de mes anciens patrons de ferme, celui où je crevais de faim et de soif, et travaillais beaucoup, j'arrive avec la 2CV des P.T.T. dans la cour de la ferme.  Je ne l'avais jamais revu, ou sans le regarder.  Il fallait bien que j'entre à la maison, car j'avais une signature à recevoir.  Le patron m'a bien reconnu.  Sa première parole fut : « Eh bien, tu fais le facteur maintenant? »

Il était filou et se moquait de moi, mais moi de lui répondre : « Eh bien, oui, et ce qui est bien sûr, c'est que je suis bien plus heureux que lorsque j'étais chez vous.  S'il vous plait Monsieur, une signature sur ce livre. »  Je lui ai remis la lettre, dit merci et... au revoir.

C'était dans les premières années que je faisais le facteur, car je ne travaillais pas tous les jours à la poste.  Je n'y travaillais que lorsqu'on avait besoin de moi.  Je travaillais en dehors, chez un forgeron de campagne et chez un charron menuisier.  Je conduisais aussi les cars pour le ramassage scolaire, car j'avais tous mes permis de transport en commun.  J'ai été pendant une bonne douzaine d'années à faire le rouleur-distributeur du courrier dans toutes les régions.  J'étais presque tous les jours embauché : je ne percevais pas de frais de déplacements, pas de tenue de facteur.  Il a fallu attendre quinze années pour que je sois habillé par les P.T.T.  On me disait toujours que je n'y avais pas droit.

Un jour que je ne travaillais pas à la poste, j'étais parti travailler chez mon forgeron de campagne.  Je ne percevais pas de frais de déplacements.  Il était huit heures trente du matin.  Je me trouvais à deux kilomètres de Candé et, tout à coup, le porteur de télégrammes m'en apporta un m'envoyant faire une tournée de facteur à Avrillé, près d'Angers.  J'ai dit au porteur que je ne voulais plus faire de déplacements puisqu'on ne voulait pas me payer les frais.  Le porteur est reparti et l'a dit au Receveur de Candé.

Celui-ci téléphona à la direction d'Angers et, comme ils avaient grand besoin de moi, ils m'ont renvoyé un deuxième télégramme à la forge où je travaillais, me disant qu'ils me paieraient mes frais de déplacements.  Je devais partir sitôt.

Il était onze heures du matin.  Je suis donc rentré chez moi me laver, me raser, changer de tenue, toujours en civil bien sûr, et je suis parti pour Avrillé.  En arrivant en fin de la rue Saint Jacques, à Angers, j'ai demandé dans un café où se trouvait le bureau de poste d'Avrillé.  Il était douze heures trente quand je l'ai trouvé.

Monsieur le Receveur me dit : « Voilà le plan rue des Chênes, rue des Fleurs, rue des Oiseaux.  Débrouille-toi. »

C'est alors que je suis parti en tournée; il était presque treize heures.  Toutes les lettres et tous les journaux qui n'avaient pas de numéro de la rue, je les ai rapportés au bureau.  Le soir, il était dix-neuf heures quand je suis rentré.  Le courrier était parti.  M. le Receveur était bien gentil, il m'a tout simplement dit que j'avais bien travaillé, que c'était bien fait pour ceux qui rédigeaient mal les adresses, car elles sont souvent écrites peu lisiblement.

Ce fut la seule journée où j'ai fait le facteur à Avrillé.  Le lendemain, je partais dans une autre direction et c'est ainsi qu'après avoir lutté pendant une bonne douzaine d'années, j'ai réussi à obtenir des tenues et des frais de déplacements.

Pendant tous ces déplacements, j'ai usé une 4L que j'avais achetée neuve, avec un emprunt de 200,000 F. anciens, deux solex plus deux ou trois mobylettes.

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