Henri Ploquin (1924-2009) : De la terre à la brique.  De la brique aux P.T.T.
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  Table des matières

  1. Les mémoires de ma jeunesse


  2. Les premiers souvenirs de mon enfance


  3. Un autre souvenir de jeunesse


  4. Une aventure à l'âge de huit ans


  5. Un copain d'école


  6. Ma sortie d'école


  7. Mes premières fréquentations avec Simone


  8. Après notre mariage


  9. Ma nouvelle usine


  10. Ma première rencontre avec les P.T.T.


  11. Trois semaines à la Possonnière


  12. Un souvenir de facteur


  13. Histoire ou aventure dans un bureau de poste


  14. Montjean-sur-Loire


  15. Montfaucon-sur-Moine


  16. Rue de la Petite Planque, à Candé


  17. Un lièvre tombé en bonnes mains


  18. Mon départ à la retraite

  19.  
  20. Mot de la fin

  21.  
  22. Dessins originaux accompagnant mon récit

  23.  

Chapitre 16
Rue de la Petite Planque, à Candé


Quand je suis rentré à ma première usine à Candé, la briquettterie, j'étais déjà accidenté de mon pied.  Je rentrais comme manoeuvre.  Je marchais difficilement, et, paraît-il, en arrivant à cette usine, j'ai prononcé un mot que je n'aurais pas dû dire.  Je voulais un travail pour ne pas marcher beaucoup.  Je voulais donc être planqué.  Le nom m'en est resté.  Les ouvriers de l'usine m'avaient surnommé « la petite planque », un nom que j'ai bien accepté car tous les ouvriers avaient un surnom, après avoir travaillé.  Au bout de quatre ans dans cette usine où je ne me déplaisais pas du tout, je suis parti uniquement pour la paye car j'estimais valoir les autres.

Je suis alors rentré à la poste de Candé.  Les ouvriers de l'usine étaient un peu jaloux de moi et quand ils me rencontraient dans la rue, ils me disaient : « Tiens, voilà la petite planque », et moi de me moquer d'eux et de leur dire quand je regardais leurs bottes et leurs vêtements pleins de boue et de glaise : « Moi, je suis propre dans ma tenue de facteur et je suis plus heureux. »

Après avoir fait le facteur une douzaine d'années hors de Candé, dans tous les alentours, je suis revenu pour une tournée de deux années ici.  Je passais tous les jours par une petite ruelle de cent cinquante mètres environ, dans le quartier Saint Gilles, à Candé, qui rejoint le Pertuis Macé et la Place Nationale, ce qui me gagnait bien du temps.  Cette ruelle était pleine de gravillons et de tessons de bouteilles, car il n'y passait que peu de monde.  Il n'y avait guère que le facteur donc moi-même, qui l'empruntait tous les jours.

Un jour, j'y crève ma mobylette et huit jours plus tard je recommence.  Me voilà donc énervé.  J'étais bien connu de tout le monde à Candé.  Je rencontre un conseiller, un ami, et lui raconte mon aventure, en lui demandant tout simplement : « Tu pourrais faire réparer ou goudronner cette rue; cela fait deux fois que je crève ma mobylette en huit jours.  Cette ruelle n'est pas nettoyée et j'y passe tous les jours. » - « Bien, me dit-il, mais il faut que j'en parle au Conseil Municipal la semaine prochaine. »

Quelques temps après, de braves copains, dont un employé municipal, et quelques conseillers de me dire : « On va lui donner un nom à cette rue.  Tu vas en garder le nom; on va l'appeler la rue de la Petite Planque et tu viendras l'inaugurer avec M. le Maire et ses adjoints. »

C'était la veille de la Mi-Carême de Candé, un samedi après-midi, vers seize heures.  Un brave employé de la ville avait fait deux planches peintes en bleu, avec le nom Rue de la Petite Planque.

M. le Maire et trois ou quatre conseillers ainsi que des employés municipaux avaient envoyé des cartes d'invitation à tous les riverains et voisins de cette rue.  Si je ne me présentais pas pour couper le ruban bleu, blanc et rouge et enlever le papier qui masquait le nom de la rue, je devais payer à boire à tous ceux qui étaient présents, car un vin d'honneur était servi à la Société dont je faisais partie.

Tout s'est très bien passé.  Il y avait bien soixante personnes et plus au vin d'honneur que le Comité des Fêtes de Candé a payé, ainsi que des cadeaux et du mousseux.

Peut-être croyaient-ils que j'allais enlever les pancartes de la rue dès le lendemain, mais je les ai trouvées très bien là.  C'est pour cela qu'il y a une ruelle à Candé, rue de la Petite Planque, qui n'a pas été officiellement inaugurée ni baptisée.

Depuis, j'ai entendu dire qu'elle avait changé de nom.  On vient de m'annoncer que la rue de la Petite Planque n'existe plus, elle s'appelle Impasse de la Digue.  Elle a quand même porté ce nom pendant cinq ans, ou peut-être plus.  Les pancartes au nom de Petite Planque ont été enlevées le 5 décembre 1983 et avaient été posées la veille de la Mi-Carême 19...

Il a fallu qu'il y ait une aventure dans cette rue pour qu'elle change de nom, mais cela m'est fort égal.

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